Quand le libraire acceptera-t-il de désacraliser le livre, la librairie et lui-même au passage, d’arrêter de donner des leçons de conduite et d’accuser le client potentiellement d’être responsable de sa disparition ?
Cette phrase n’est pas de moi. Elle est extraite de l’excellent billet que vient de publier Vincent Demulière sur son blog, billet dans lequel il se pose la question “pourquoi les clients désertent-ils la librairie” et décortique, sans prendre de pincette, la très conservatrice et très culpabilisante campagne censée inciter les lecteurs à “consommer” chez les libraires.
Je rebondis sur cette idée de désacralisation du livre, et plus particulièrement de l’objet livre car c’est toute la chaîne de l’objet livre qu’il faut désacraliser. Non, l’objet livre n’est pas un objet sacré. Non, les éditeurs ne sont pas des Dieux sur terre. Non l’accès à une oeuvre de l’esprit n’est pas juste (ne doit pas être juste) réservé à une élite bien pensante. Oui, à la démocratisation du prix du livre, mais tout est fait pour entretenir ce mythe, de l’éditeur jusqu’au libraire en passant par le distributeur. Deux maillons indispensables sont toujours mis de côté: l’auteur et le lecteur. L’auteur est c’est malheureux 8% de droits d’auteur versus les 50% qui sont reversés à la distribution et le lecteur qui passe à la caisse. Il ne faut pas s’étonner si les auteurs et les lecteurs se replient vers d’autres alternatives. Avec le développement du numérique, les auteurs s’affranchissent de plus en plus des éditeurs et les lecteurs se tournent de plus en plus vers de solutions qui lui permettent d’avoir en un seul clic un texte à lire. La sacro-sainte chaîne du livre ne devrait avoir qu’une seule idée en tête, celle qui a hissé aujourd’hui le Démon AGA (Apple, Google, Amazon) sur le devant de la scène dans la diffusion des produits culturels dématérialisés, le livre y compris parce qu’il ne s’est soucié que d’une seule chose: faciliter la vie du consommateur. Et arrêtons les discours hypocrites avec le petit doigt en l’air: personne dans la chaîne du livre ne vit d’amour et d’eau fraîche.
Culpabiliser les auteurs, culpabiliser les lecteurs…voilà une drôle de façon de rallier le plus grand nombre à sa cause et d’inciter les uns à créer des textes fabuleux et les autres à garder intact le goût de lire.
Jean-François Gayrard
Suggestions de lecture

En même temps et c’est un peu hors-sujet, à voir les éditions papier que nous sortent de plus en plus les éditeurs, ça me fait un peu rire jaune d’en voir certains qui sacralisent le bouquin papier. Entre les éditions poche qui ne résistent même plus à trois lectures, les éditions onéreuses dont le papier se jaunit (traces de doigts sur la tranche) en une lecture, les nouveaux formats avec un papier cigare qui se froisse rapidement et j’en passe, on peut quand même se demander comment certains peuvent encore sacraliser le livre papier et lui insuffler une vision romantique alors que les éditeurs ont déjà commencé à désacraliser l’objet depuis un moment…
Désolé d’avoir détourné un peu l’article pour ce petit coup de gueule mais on croise souvent ce discours chez les “amoureux du livre” ces derniers temps.
Sinon, totalement d’accord avec l’article, et Ayerdhal va encore plus loin en disant ouvertement qu’il n’a pas d’ami libraire, mais “un mec qui se fait 4 fois ce qu’il se fait à chaque vente de livre” et qu’il ne pleurera pas les libraires qui fermeront leurs portes…
Merdouille de merdouille, je suis tout plein d’accord avec ton détournement et ta conclusion
Une simple précision sur la sacralisation du bouquin, sans rentrer dans quelque considération éthique ou morale, que je partage pour la plupart. Personnellement j’entretiens un certain rapport au livre tout simplement parce que c’est là-dedans que j’ai pu avoir certaines émotions, c’est avec cet objet précis que j’ai éprouvé du plaisir, celui qui est là devant moi, dans ma bibli.
Mais concernant la sacralisation du livre par les libraires, étant donné que je fréquente peu le milieu (en dépit de mes activités de blogueur), pourriez-vous me dire à quoi elle se résume ?
Je ne suis pas opposée au numérique mais…
D’abord, je souhaiterais plus de transparence dans ce domaine car là aussi, il y a des magouilles, des textes accessibles, d’autres pas, des sommes pharamineuses en jeu, et parfois peu de retour financier pour les auteurs.
Ensuite, l’âge aidant, le numérique n’est plus pour moi. Ma vue baisse et je ne peux rester longtemps les yeux sur une tablette ou un écran sans souffir de maux de tête.
Alors oui à l’un mais pas au détriment de l’autre.
Ah pourquoi ? Parce que vous pensez que du côté du papier, c’est beaucoup plus transparent. Vous savez, les seniors s’équipent de plus en plus en liseuse justement parce qu’ils ont des problèmes de vue et qu’ils peuvent à loisir grossir les caractères. Et je peux vous assurer que de lire sur un écran supportant l’encre électronique ne fatigue pas plus les yeux que de lire un livre papier.
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