Vous avez choisi la nouvelle comme genre littéraire pour vous exprimer. Pourquoi ce choix ? Racontez-nous votre parcours, et ce qui vous a amené à l’écriture :
Du plus loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé écrire – à commencer par le simple fait de tracer des mots sur le papier ! Enfant, j’ai passé des mois à recopier des calendriers, juste pour le plaisir… Plus tard, j’ai aimé les rédactions, puis les dissertations – il a même fallu que l’on me freine dans ma graphorrhée, ce qu’a fait un jour une prof de français, mais de façon si critique que j’ai arrêté d’écrire, pendant… près de trente ans !
Et puis Internet est arrivé, et les sites Web, et les blogs, et j’ai redécouvert cette joie de l’expression écrite, d’autant qu’alors, j’atteignais un “lectorat” ʺ anonyme mais bien réel ! À un moment difficile de ma vie, j’ai ainsi laissé s’écouler un trop-plein, on m’a lue, on m’a comprise et consolée, et j’ai réalisé que ma façon de témoigner était aussi une promesse de partage avec d’autres. C’est sans doute pour cela que mes histoires ont toujours, plus ou moins consciemment, une base réelle, et souvent autobiographique. Peut-être est-ce aussi ce qui fait que mes lecteurs s’y retrouvent parfois.
J’ai enfin découvert les concours de nouvelles, qui m’ont ouvert un monde passionnant fait d’émotions et de rencontres, et l’émulation qui naît de ces confrontations aux autres et à soi-même m’est aujourd’hui un moteur permanent pour l’écriture.
Vos textes sont souvent des petits morceaux de vies, des quotidiens qui peuvent apparaître ordinaires. Quels sont vos thèmes de prédilection ? Quels sont les auteurs de nouvelles que vous aimez particulièrement, qui vous inspirent ?
J’ai un gros problème en écriture : je ne sais pas inventer ex nihilo. Mes idées, quelles qu’elles soient, se retrouvent fatalement, et souvent très vite, “phagocytées” ʺ par les vies de personnes que je connais. C’est ainsi que je me retrouve, non plus à imaginer, mais à décrire. Personnages, situations, atmosphères sont presque toujours les reflets d’expériences vécues. Mon métier m’amène quotidiennement auprès des autres, de leur quotidien, de leurs douleurs, et j’ai peu à peu appris à y trouver, presque toujours, une richesse cachée. Ce peut être dans l’échange, dans l’empathie, ou encore dans la découverte inattendue de personnages hors du commun qui se cachaient sous des apparences banales. Je suis passionnée par ces “aventures ordinaires” ʺ que je vis tous les jours, et j’ai tenté, en les (d)écrivant, d’en traduire la densité et l’émotion, pour mieux les faire connaître et, si possible, en partager l’intensité.
Vous publiez votre recueil en édition numérique. Quel est votre propre rapport au numérique, êtes-vous vous-même une « lectrice numérique » ?
J’avoue que je ne l’ai pas été spontanément – une vieille fidélité ʺ à l’objet livre ʺ me retenait ; mais un proche m’a convertie le jour où il m’a impressionnée en me montrant la facilité avec laquelle il se choisissait une lecture en prévision d’un trajet en train, de quelques clics sur Internet via son iPhone… Des initiatives comme les eBookFridays me paraissent extraordinaires pour promouvoir la lecture numérique et j’ai déjà, pour ma part, craqué ʺ à deux reprises – j’ai maintenant six livres à lire, pour moins de deux euros !
La nouvelle est un genre qu’on dit souvent boudé par le lectorat. Que pourriez-vous en dire pour amener le public à se laisser séduire par ces textes courts aux contraintes multiples ? Comment définiriez-vous votre recueil de nouvelles pour inciter les lecteurs à le découvrir, et par là même les amener vers la lecture numérique ?
À notre époque où tout s’accélère, on a de moins moins facilement le temps et le loisir de s’atteler à un roman de 500 pages. Les trajets en bus, en métro, les attentes multiples qui font la vie quotidienne d’aujourd’hui offrent l’occasion de lire, mais de façon ponctuelle, et les récits courts ou les nouvelles me semblent parfaitement adaptés à ces laps de temps définis. Le support numérique facilite encore cette possibilité, en diminuant l’encombrement nécessaire : une minute, un clic, et vous voilà parti dans une nouvelle que vous aurez sans doute le temps de lire dans sa totalité avant de devoir vous arrêter. Que du plaisir !
Mon recueil s’inscrit dans cette volonté : j’ai choisi des récits courts, mais denses, où l’atmosphère est décrite très vite, les personnages — souvent peu nombreux — présentés dès le début, et dont l’ambiance générale n’est jamais de nature à dépayser le lecteur : avec ce côté “vécu”, qui pourrait facilement concerner chacun d’entre nous, celui qui s’y plonge se retrouve très vite dans une autre vie, différente et pourtant pas si éloignée de la sienne.
Comment envisagez-vous la suite de votre activité d’écrivain ? Quels sont vos projets ?
Les projets ne manquent pas ! Ils se réaliseront sans doute lorsque le temps m’en sera donné… J’ai un certain nombre d’autres nouvelles en réserve, qui ne demandent qu’à sortir de mes fichiers elles aussi – d’autres recueils, donc, sont en prévision. J’ai dans l’idée d’en constituer un, notamment, à partir de récits de voyages (mon autre passion).
J’ai toujours eu envie d’écrire quelque chose d’un peu plus long, et les sujets ne manquent pas – le souci est toujours le même pour moi, trouver la distance nécessaire par rapport à mon expérience personnelle. J’ai d’ailleurs écrit un scénario très proche de ma réalité et peut-être un jour parviendrai-je à l’invention totale… mais le vécu, le sien comme celui des autres est une telle source d’inspiration ! Je crois de plus en plus que la meilleure scénariste, c’est évidemment la vie !
Propos recueillis par Anita Berchenko
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